dessin

performance, durée variable ; installation sonore, 2017. 

dessin clarissa baumann

on pénètre dans une pièce plongée dans le noir... c’est d’abord un espace indéterminé, un volume aux contours imprécis. les yeux cherchent en vain à en (re)tracer les contours, à situer le corps à l’intérieur des lignes qui glissent et qui s’échappent dans l’obscurité. le premier indice de l’espace ne se donne pas au regard, mais par la présence d’autres corps à proximité, posant aussi la question de la distance entre son propre corps et celui de l’autre.

 

puis, on entend le son faible des pas et de la craie frottée contre les murs.
le mouvement s’accélère, encercle le petit groupe, le bruit de la respiration
et des pas s’intensifie, comme celui de la craie qui frotte et se casse contre les murs, de plus en plus vite, de plus en plus souvent. un cercle, un geste répété dans un mouvement concentrique : j’enlace et je resserre les corps à l’intérieur d’un espace, à l’intérieur d’un dessin.

 

la performance dessin est la fiction d’un espace qui se rétrécit et s’élargit par le son, le rythme, l’accélération. Le mouvement s’épuise, ralentit, s’arrête. silence.
la lumière surgit. c’est à présent dans la blancheur éclatante de la pièce que les repères de l’espace disparaissent en une fraction de seconde. du dessin entendu, on distingue à peine les traits presque invisibles de la poussière de craie blanche sur les murs également blancs.

 

l’installation dessin est la mémoire fantomatique de cette action performative.
le son et les traits de la craie y demeurent, tandis que la présence peut à peine être devinée dans la salle éclairée, perçue comme vide au premier abord.

texte paru dans la revue Roven n° 15, 2020, p. 66.

performance, durée variable et installation sonore en quatre canaux. captation et technique son par Olavo Vianna. installation et performance présentées à l’exposition Les Mains Sans Sommeil, Palais de Tokyo (Paris, 2017) ; le Forum (Tokyo, 2018) ; AOP, Side Project à BOZAR (Bruxelles, 2018).